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Si

de: Rudyard Kipling

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d'un mot;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,

Sans qu'aucun d'eux ne soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n'être qu'un penseur;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ses deux menteurs d'un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres la perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme mon Fils.

Rudyard Kipling

 

La Loge Mère

de: Rudyard Kipling

 

Il y avait Rundle, le chef de la station

Beazelay, des Voies et Travaux

Ackmann, de l'intendance,

Donkin, de la prison

Et Blake, le sergent instructeur,

Qui fut deux fois notre Vénérable,

Et aussi le vieux Franlee Edullee, qui tenait

le magasin "Aux denrées européennes"

Dehors, on se disait: "Sergent, Monsieur, Salut, Salam!"

Dedans, c'était: "Mon Frère!" et c'était bien ainsi.

Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre.

Moi, j'étais Second Diacre dans ma Loge Mère, là-bas!

Il y avait encore Bola Nath, le comptable

Saul, le Juif d'Aden

Din Mohammed, du bureau du cadastre

Le sieur Chucherbutty

Amir Sing, le Sick

Et Castro, des ateliers de réparation,

Qui était catholique romain.

Nos décors n'étaient pas riches,

notre temple était vieux et dénudé,

mais nous connaissions les anciens Landmarcks

Et les observions scrupuleusement.

Quand je jette un regard en arrière,

Cette pensée, souvent me vient à l'esprit:

"Au fond, il n'y a pas d'incrédules

Si ce n'est peut-être, nous-mêmes"

Tous les mois, après la tenue,

Nous nous réunissions pour fumer;

Nous n'osions pas faire de banquets

(de peur d'enfreindre la règle de caste de certains Frères)

Et nous causions à coeur ouvert de religion et d'autres choses.

Chacun de nous se rapportant

Au Dieu qu'il connaissait le mieux.

L'un après l'autre, les Frères prenaient la parole

Et aucun ne s'agitait.

L'on se séparait à l'aurore, quand s'éveillaient les perroquets

Et le maudit oiseau porte-fièvre.

Comme après tant de paroles

Nous nous en revenions à cheval

Mahomet, Dieu, Shiva

Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors,

Mes pas errant au service du gouvernement

Ont porté le salut fraternel

de l'Orient à l'Occident,

Comme cela nous est recommander, de Kobel à Singapour.

Mais combien je voudrais les revoirs tous.

Ceux de ma Loge-Mère, là-bas!

Comme je voudrais les revoir,

Mes Frères noirs ou bruns

Et sentir le parfum des cigares indigènes

Pendant que circule l'allumeur

Et que le vieux limonadier

Ronfle sur le plancher de l'office.

Et me retrouver Parfait Maçon

Une fois encore , dans ma loge d'autrefois.

Dehors, on se disait: "Sergent, Monsieur, Salut Salam!"

Dedans, c'étais: "Mon Frère" et c'étais bien ainsi.

Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre.

Moi, j'étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !

Rudyard Kipling

 


Révision : 08/27/2007

 
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